« Absolument pas un jouet » : des pédiatres exigent une meilleure réglementation des VHR
La Société canadienne de pédiatrie réclame une meilleure réglementation et des mesures de sécurité accrues pour protéger les enfants et les adolescents des accidents liés aux véhicules hors route (VHR).
Ces véhicules sont responsables d’un nombre démesuré de blessures graves et de décès dans la population pédiatrique
, écrit l’organisation dans un rapport publié lundi. Selon cette dernière, environ le tiers des victimes d’accidents fatals liés aux véhicules hors route sont des enfants et des adolescents.
La Société recommande notamment l’adoption d'une réglementation et de normes de sécurité fédérales comparables à celles qui régissent l’industrie automobile et une homogénéisation de restrictions liées à l’âge minimal des conducteurs et des passagers des VHR à l’échelle des provinces et territoires.
L’âge minimal des conducteurs devrait être fixé à 16 ans, quels que soient la dimension et le modèle du véhicule, estime l’organisation. De surcroît, aucun passager âgé de moins de 12 ans ne devrait monter à bord d’un tel véhicule.
La Société canadienne de pédiatrie demande également à l’industrie de cesser la commercialisation et la vente de VHR aux moins de 16 ans jusqu’à ce que des modifications en matière de sécurité aient été adoptées, vérifiées, standardisées et démontrées dans tous les contextes au Canada
.
Dans la foulée de la préparation de ce rapport, un groupe de travail s’est penché sur le phénomène des blessures et des accidents liés aux VHR chez les jeunes. Le constat était vraiment alarmant
, affirme Émilie Beaulieu, professeure au Département de pédiatrie de la Faculté de médecine de l’Université Laval, au micro de Bonjour la Côte, mardi.
On n'a vu absolument aucune diminution et [on a vu] même des augmentations dans les dix dernières années
, indique la pédiatre, qui a participé à la rédaction des directives données par la Société.
Les collisions et les accidents en VHR causent généralement des blessures très sévères
. Beaucoup vont décéder des suites de ces blessures-là
, observe Émilie Beaulieu.
La vélocité atteinte par ces véhicules au moment de certains accidents est semblable à celle que peut atteindre un véhicule de promenade, selon elle. Toutefois, la réglementation est nettement moins sévère pour les VHR et est très différente à travers le Canada , croit la pédiatre.
Risques accrus chez les jeunes
Au Québec, les conducteurs de VHR doivent être âgés d’au moins 16 ans et posséder un permis de conduire et une certification de formation, un permis ou une autorisation délivré à l’extérieur du Québec d’une valeur équivalente. Pour un côte à côte, l’âge minimum requis grimpe à 18 ans.
Émilie Beaulieu constate que ces réglementations sont peu respectées.
Les gens ont l'impression que si l'enfant peut atteindre le guidon, il est correct.
Elle indique que les enfants et les adolescents n’ont généralement pas la maturité physique, le poids et la coordination nécessaires pour conduire ces véhicules de manière sécuritaire.
La grande majorité des jeunes avant 16 ans n'auront pas cette capacité de bien être en contrôle du véhicule. Je pense que c'est souvent mal compris
, argue-t-elle.
Pour ce qui est des VHR de petite taille conçus pour les enfants, aucune preuve ne démontre qu’ils sont sécuritaires, ajoute Mme Beaulieu. Ce n'est absolument pas un jouet.
Encadrer la relève
À l’heure actuelle, les réglementations provinciales qui restreignent l’usage des VHR par les jeunes sont peu respectées, reconnaît le président de l'Association régionale des clubs quads de la Côte-Nord, Marius Murray.
Quand on conduit ces véhicules-là, il faut avoir une certaine force dans les bras
, explique-t-il en entrevue à l'émission Côte à Côte.
Sur les sentiers, il n’est pas rare de croiser des jeunes qui n'ont pas l’âge légal, affirme-t-il.
Le problème, selon Marius Murray, c’est lorsque les jeunes utilisent des véhicules qui ne sont pas adaptés à leur taille.

Marius Murray plaide pour un meilleur encadrement des jeunes qui utilisent des véhicules hors route. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Lydianne Ouimet
Ce dernier se dit favorable à un changement de réglementation afin de permettre l’utilisation des petits véhicules conçus pour les jeunes sur les sentiers et terres publiques.
Marius Murray propose de miser sur la formation et l’encadrement plutôt que de restreindre davantage l’utilisation des VHR par les jeunes.
Les jeunes vont y aller quand même. Il faut les encadrer plutôt que de les éliminer du sport.
Les clubs et même la Fédération ne demandent pas mieux que de participer pour pouvoir créer la relève, ajoute-t-il.
Avec des propos recueillis lors d'entrevues réalisées par Mathieu Pineau et Catherine Paquette
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